Un don de poker que vous possédez déjà...

Si Milton H. Erickson, le gentil papa de la thérapie par l’hypnose, avait eu un mauvais jumeau, celui-ci aurait cartonné dans le monde de la publicité. Ce monde a beaucoup changé depuis l’époque où elle nous racontait juste à quoi servait un produit (c’est fou, non ?) ; aujourd’hui, les campagnes de pubs les plus réussies sont des véritables assauts psychologiques, qui manipulent en masse rien qu’avec de la suggestion et de l’association d’images. Les cigarettes sont sportives et vous aider à "choper des nanas", boire du coca light constitue une déclaration féministe. Mais la chose la plus intéressante de tout ça, c’est que cette manipulation marche même sur les gens qui la produisent. Eh oui, ces gens de marketing qui nous bombardent de campagnes publicitaires vont s’étouffer sur la même marque de chips et de coca que vous et moi. Que ça plaise ou pas : le marketing marche. Pour ce qui est du poker, parler de "marketing" et "d’image de table" n’a rien de nouveau, mais on en parle moins que des "10 meilleurs tells" ou "les astuces des pros". La plupart des stratégistes négligent de prendre en compte la possibilité que tous vos adversaires auraient lu les mêmes astuces que vous, alors c’est cela qu’on va faire. Soyons proactifs !

La conscience du corps

Créer votre image à table est une chose en poker que vous dominez complètement. Vous êtes votre propre campagne de publicité à partir du moment où vous vous asseyez à table, et c’est dans les premières vingt minutes que les adversaires vont se former une opinion de vous. C’est dans votre intérêt qu’ils se trompent complètement, de préférence avec l’impression que vous êtes un idiot gentil. Mais si vous voulez que les gens vous voient comme un joueur fou, il ne suffit pas de le dire : il faut le montrer. Payez une relance toutes les deux mains en attendant le flop miracle ou faîtes régulièrement des slowplay jusqu'au showdown avec AA en early (si ce n’est pas trop cher, bien sûr).  Vous voulez donner l’impression d’avoir un jeu super serré ? Ne jouez que les as et les rois pendant une heure, et ne vous emballez pas sur les blinds. Quelle que soit la manière avec  laquelle vous jouez après, ils vont continuer à croire que leur première impression était la bonne. C’est difficile d' admettre que l’on s’était trompé, alors même s’ils remarquent que votre style initial a changé, ils penseront que le premier style était le "vrai". Une fois qu’ils vous ont "classé", c’est là où vous pouvez changer de vitesse. En fait, c’est là où vous devez changer de vitesse.

Changez de vitesse

Quelle que soit votre façon de jouer au poker, elle va alterner au fur et à mesure que le jeu progresse. Tight, loose, tight, loose- il faut les laisser dans le doute. Mais il est mieux de commencer avec un jeu loose. Une image serré vous aide à bluffer mais elle ne va pas maximiser vos gains, elle va juste vous aider à gagner quelques pots. Mais une image de joueur loose, une fois que vous avez changé de vitesse, va amener vos adversaires à vous suivre. Cela marche souvent, C’est pourquoi vous croyez probablement que vos pertes ont été le plus souvent pour des « idiots gentils » qui ont eu de la chance.

Eh, non ! On vous a roulé. Cette image peut aussi être construite dans les différents jeux de poker en ligne, moyennant les paris louches et le fait de montrer à l'abattage des mains pourries. Comme le dialogue à travers le chatbox change beaucoup des parties réelles, il faut créer votre image au travers de vos actions. Misez plus que le pot au début. Suivez un gutshot draw et faites-vous attraper (si ce coup ne vous coûte pas trop cher). Faites-vous remarquer pour votre mauvais jeu, puis changez-le complètement. Toutefois, il faut être subtil. Si vous ne demandez pas de cartes, vous devez quand même jouer les cartes faibles que vous avez en main rien que pour maintenir votre image. Suivre les dix premières mains et se coucher les 30 prochaines ne va duper personne. La routine "mal-jouer et ensuite tout dévaliser" est une technique qui a fait ses preuves et qui a été déjà vue maintes et maintes fois, mais, tout comme la publicité, elle marche toujours.

De temps en temps c’est intéressant d’être cet idiot chanceux, parce que même les manipulateurs se font manipuler. Le problème de jouer mal pour ensuite jouer comme un pro est qu’on ne peut pas duper deux fois. Mais au poker, avec toutes les variables et coups possibles, on peut duper longtemps. La plupart des mains n’arrivent jamais au showdown et les cartes peuvent faire des choses incroyables. Pour illustrer l’exemple : Imaginez James Bond et Homer Simpson à une table de cash game. Imaginez qu’ils ont tous deux autant de talent. Qqui, à votre avis, va gagner le plus avec leur mains fortes ? Surtout quand les All-in d’Homer battent la top-pair, top-kicker de Monsieur Bond…Quelle chance ! C’est dommage qu’il ne se soit pas rendu compte du fait que ça faisait une heure qu’Homer avait arrêté de jouer As et kicker faible. Et s’ils veulent croire que l’idiot les a battus par chance (ce qu’ils préfèreraient) alors il faut encourager cette idée. Tout le monde se convainc que le meilleur a perdu. N’argumentez pas, ne pavoisez pas et n’oubliez pas que les autres joueurs vont vous regarder d’autant plus de près après une victoire. Il n’y a pas du mal à être l’idiot chanceux.

Jouer la comédie avec subtilité

Sans se plaindre, vous pouvez dire avec le sourire des phrases du style, "Ça rattrape d'hier soir !" ou, "Pourtant, d’habitude je perds avec les As,". Ce qui a pour effet de laisser vos adversaires dans le doute. Dire "Je joue toujours les as" est trop lourd et trahit ce qui doit être suggéré. Ici, la subtilité est tout.

Raconter les anecdotes du début (le débutant en poker en a toujours) et mentir sur les mains de départ peut être très efficace. Ce n’est pas pour rien que Phil Hellmuth prétend toujours ne jouer que les as-Top-kicker et les paires ». Son agressivité post-flop intimide en rappelant à ses adversaires des kickers et des brelans imbattables, mais en réalité il ne touche pas plus de set que nous. Parfois vous voulez qu’on vous suive, mais parfois vous bluffez totalement et vous voulez qu’ils se couchent. Il faut toutefois se rappeler que cette suggestion marche mieux pour faire suivre les adversaires que pour les faire coucher. Tous les joueurs ont un désir naturel de suivre, de voir si on les a roulés ou non. Vous voulez que leurs égos aillent dans votre sens. On peut trouver un exemple de comment ne pas employer cette tactique de poker dans une des mains clefs au tournoi WSOP 2006.

Jamie Gold se trouvait face à un all-in après la turn. C’était tôt, sa pile de jetons était haute, mais il ne pouvait pas se permettre de perdre. Il avait touché un brelan de 4, mais craignait un trip à partir d’un pocket paire plus élevée. Avec un valet et une reine sur le board, les paris pre-flop indiquaient que son adversaire avait une paire élevée. Après quelques minutes de réflexion, Gold a annoncé à la table grincheuse qu’il ne perdait pas de temps pour rien : il avait le set.

Le type qui était All-in était furieux, mais l’arbitre a affirmé que Gold avait le droit de le dire. Gold hésitait encore, mais quand le perdant éventuel a demandé l’application d’un délai de temps, Gold a suivi immédiatement. Son trips (brelan à partir de deux cartes du board) devaient battre un AQ, et a tenu le coup. Vous pouvez considérer cela  comme une leçon qui vous dit de vous taire. Si votre adversaire est sur le point de faire ce que vous voulez, ne le distrayez pas. Dans ce cas, Gold a avoué plus tard qu’il avait été sur le point de se coucher mais a suivi parce que M. All-in s’est énervé. Gold s’est rendu compte que l’autre n’aimait pas attendre qu’il prenne sa décision.

Demander l'horloge trahit vos émotions, et laisse entendre qu’on a de quoi être nerveux. Le World Series of Poker se serait peut-être fini autrement si Gold avait entendu "Prenez votre temps". Il aurait peut-être suivi, qui sait, mais considérez ceci : si l’adversaire avait vraiment eut une paire de reines, le fait de demander l’horloge, aurait stoppé net la participation de J. G dans le tournoi. La publicité marche même sur les cadres du marketing.

Cet article publié en anglais sur www.totalgamber.com me parraissant tellement explicite qu'il fût dommage de ne pas le traduire pour en faire profiter les joueurs francophiles.

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